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La disparition de Haruhi Suzumiya : c’est long mais c’est bon !

Niveau de spoil : important

La mélancolie de Haruhi Suzumiya  est un anime à part pour moi. Comme je l’ai déjà expliqué, il est arrivé à un moment où je songeais arrêter de regarder des animes. Mais ses énormes qualités ont relancé la passion en moi et je la place sans hésitation comme une de mes séries préférées. La deuxième saison m’a par contre franchement déçue. Un premier épisode excellent, un endless eight trollesque et des soupirs peu inspirés.

J’ai donc longtemps hésité à regarder un film de près de 2H45 par peur qu’il efface les bons souvenirs que j’avais de cette franchise. Désolé, mais là je dois raconter un peu ma vie. J’ai quelques problèmes de santé dont l’une des conséquences les plus fâcheuses et de devoir aller pisser très souvent. Environ toutes les 2 heures en temps normal, 1 heure si je suis assis. Il est donc totalement exclu pour moi de rester près de 3 heures devant un écran (c’est d’ailleurs pour cette raison que je ne regarde qu’un épisode d’anime par jour). Tout cela combiné, j’ai donc évité de regarder ce film jusqu’à très récemment. Mais en novembre, je suis allé à la Japan Touch où j’y ai vu un superbe cosplay de Haruhi, version disparition. Puis je suis allé au stand de la Brigade SOS francophone où j’ai acheté leur très bon fanzine. J’ai donc enfin décidé de regarder ce film, quitte à le segmenter sur plusieurs jours. Et à l’arrivée, je l’ai maté en une seule nuit. Je maudis ma vessie de ne pas m’avoir permis de le regarder d’une traite.

Évoquons donc en premier ce qui a fait le plus parler : sa durée. J’étais certain qu’un peu comme l’endless eight, c’était uniquement pour faire le buzz. Qu’est-ce que je me suis planté ! Il est en effet impossible de fragmenter cette histoire en plusieurs épisodes de 20 minutes ou en 2 films. Je ne vois pas un moment où il y aurait pu avoir une coupure, les situations s’enchainant parfaitement. Et c’est là le premier coup de maitre : 2h45 de film et pas une seule longueur, pas une seule scène en trop. Tout y est juste, le rythme est parfait. Le scénario est déjà très bon en soit mais c’est surtout le travail d’écriture qui est fabuleux. Les dialogues et les situations sont pourtant propices à un bazar sans nom, mais ce n’est jamais le cas, le spectateur n’est pas perdu. Quand trop d’infos arrivent d’un coup, un monologue de Kyon ou de Koizumi récapitule la situation. Quelques pauses dans la narration permettent au spectateur de souffler un peu, en même temps que Kyon, tout cela avant de repartir de plus belle.

Dans certains films, on assiste à une revue d’effectif des personnages vus dans la série, sans forcément leurs donner beaucoup d’importance, juste pour satisfaire les fans. Mais dans La disparition, tous les personnages ont un rôle à jouer…

Kyon bien sûr, héros du film, qui apparait dans tous les plans. Un héros qui en prend plein la tronche. On suit son désespoir pendant près de 20 minutes lorsqu’il se rend compte que le monde qu’il connait n’existe plus (angoisse renforcée par la constante augmentation de lycéens absents). On ressent sa terreur lorsqu’il est témoin du retour d’Asakura. On est anxieux avec lui lorsqu’il attend Suzumiya à la sortie du lycée. On a mal pour lui lorsqu’il se fait planter par surprise.

Kyon est le personnage qui a le plus évolué dans ce film. Comme il le dit lui-même, il va cesser d’être un spectateur de la brigade pour enfin en devenir un acteur. Un acteur qui a un rôle énorme à jouer : malgré sa normalité (absence de pouvoirs) par rapport aux autres membres, il peut décider de revenir ou pas dans le passé pour réinitialiser le monde créé par Nagato. De plus, il lui suffit de dire à Suzumiya qu’il est John Smith pour pouvoir la convaincre d’utiliser ses pouvoirs. Le dialogue sur le toit de l’hôpital achève de nous convaincre de sa nouvelle détermination : il n’hésite pas à défier les êtres les plus puissants de l’univers via Nagato. Dernière preuve : dans le dernier monologue, Kyon regarde directement le téléspectateur lorsqu’il s’adresse « au monde », brisant ainsi le quatrième mur : classe.

Petit bémol toutefois : franchement, tout le monde avait deviné que c’était Nagato qui était derrière tout ça, étant la seule à avoir radicalement changé de caractère…pas bien futé le Kyon sur le coup.

Nagato parlons en justement. Je n’étais pas particulièrement fan de ce perso dans la première saison, les coodere n’ayant jamais été mon truc. Bien sûr, elle a eu quelques moments de gloire mais rien qui m’enthousiasmait vraiment. Mais comment ne pas craquer devant la nouvelle Nagato ? Un perso froid comme de la glace se transformant soudainement en une fille amoureuse et timide, c’est pas touchant ? Preuve que le moe bien amené peut être très efficace.  Et qui ne s’est pas senti profondément peiné pour elle lorsque Kyon rejette sa proposition d’entrer au club de littérature ? Là aussi, comme pour Kyon, l’empathie marche à fond.

Malgré son nom dans le titre du film , Haruhi est quasiment absente toute la première heure. Et pourtant, comme toujours, elle marque sa présence par une énergie folle, emportant avec elle tous les doutes de Kyon (et l’anxiété du téléspectateur). D’ailleurs, le seul et unique moment où elle paraît effacée, c’est lorsqu’elle sort du lycée, juste avant de rencontrer Kyon. C’est bien sûr tout sauf une coïncidence. La relation de ces 2 personnages n’est d’ailleurs plus du tout ambiguë. Koizumi, qui voit toujours juste, révèle à Kyon que la Haruhi qu’il connait a un « faible » pour lui. C’était évident pour tout le monde, mais comme tous les héros d’anime, Kyon ne s’en était pas rendu compte. Et lorsque celui-ci caresse à plusieurs reprises le visage d’une Haruhi endormie, difficile d’y voir autre chose que de l’amour.

Koizumi et Asahina jouent à peu près le même registre que dans la série, pas grand chose à dire sur eux. Le premier laissant dévoiler des sentiments profonds pour Haruhi, on peut penser que le Koizumi du monde réel ressent la même chose. Ce qui prouverait qu’il n’est pas si gay que ça. Les rôles secondaires ne sont pas non plus oubliés. Asakura signe un retour triomphal avec notamment une scène d’une grande violence lorsqu’elle poignarde Kyon. Pas de la violence graphique mais plutôt émotionnelle. En effet à ce moment là, le spectateur pense que les choses vont rentrer dans l’ordre. Après avoir accepté le fait qu’il s’éclate au sein de la brigade SOS, Kyon vient de sortir un speech émouvant à une Nagato déboussolée pendant qu’une Asahina rassurante le soutient. Et là BAM, 10 centimètres de lame dans le dos, ça calme hein ! D’ailleurs, Asakura avait prévenu Kyon : « je ne te pardonnerai pas », une phrase qui faisait froid dans le dos au moment de « l’évacuation » de ce dernier…

Même cet idiot de Taniguchi a un moment de gloire. Que serait devenu le monde si il n’avait pas la langue aussi bien pendue ou si il avait révisé sa chimie ? La bonne santé du monde Haruhiste ne tient décidément pas à grand chose. Une mention spéciale à Tsuruya dont la réplique protectrice à 35:58 pue la classe. Je ne connais pas la suite de l’histoire mais ça m’étonnerait que cette fille n’ai pas un rôle à jouer plus important.  Ce n’est clairement pas une menace que ferait n’importe quel perso lambda.

« Si tu réessayes encore une fois quelque chose de ce genre, tu sentiras ma fureur. »

Pour finir sur le scénario, celui-ci pose une question vertigineuse. Je m’égare peut être, si c’est le cas les Haruhistes me corrigeront. Nagato a emprunté les pouvoirs de Haruhi et grâce à eux, a créé un monde où cette dernière n’est qu’une lycéenne normale sans pouvoir. Mais alors…Nagato n’est-elle pas plus puissante que Haruhi ?

Un forgeron fabrique une épée, chose que je suis incapable de faire. Je lui vole cette épée et avec, je lui coupe les 2 mains, l’empêchant de fabriquer quoi que ce soit. Et le tout sans qu’il s’en rende compte. Qui est alors le plus fort, le forgeron ou moi ? Si on suit ce raisonnement, tout l’équilibre des forces dans cette série est bouleversé…Et que dire alors de L’Entité Consciente d’Intégration des Données, qui semble avoir le droit de vie et de mort sur Nagato ? Si ces extra-terrestres sont si puissants, quel intérêt alors pour eux d’observer Haruhi, une pseudo déesse, alors que leur interface (Nagato) peut voler ses pouvoirs aussi facilement ? Tiens au fait, petite question pour ceux qui ont lu les romans : est ce que l’on sait ce que murmure « la nouvelle Nagato » dans la salle du club et la Asahina adulte dans le parc ?

Enfin bref, il y a plus de talent d’écriture dans ce film que dans tous les animes que j’ai vu depuis des années. Pas étonnant donc que le temps passe si vite.

Ah, on va quand même parler vite fait du graphisme. Bah c’est juste magnifique, digne des meilleurs productions de Makoto Shinkai. Les décors sont superbes, on est bluffé lors de la scène finale sur le toit de l’hôpital. J’ai rarement vu un film aussi beau. L’ambiance hivernale est très bien représentée par une sorte de lumière grise ambiante, renforçant le côté angoissant de la situation. Le charadesign est toujours bon, même si il ressemble plus à celui de la seconde saison que de la première (la différence est très légère, les persos féminins ont subis une légère K-onisation). Ah et pour couronner le tout, j’ai trouvé que la 3D était très bien intégrée.

Quand à la réalisation…quelle claque ! Prenons l’exemple de l’arrivée d’Asakura : musique montant crescendo, travelling, filtre, pas 2 angles de vue identiques. Je serais curieux de connaitre le budget de Kyoani pour ce film, ça doit être pas mal (encore heureux, il y a relativement peu d’animation). Cerise sur le gâteau : le fan service est absent.

Pour finir, je signalerais également que les doubleurs sont toujours aussi bons, avec Tomokazu Sugita en tête de liste qui arrive à ne pas nous lasser alors que Kyon parle pendant tout le film. Et que dire de la BO, parfaite en tout point qui colle toujours le bon morceau au bon moment. Ça commence très fort avec un thème flippant lorsque Kyon se rend compte que le monde a changé, pour finir sur ce générique de fin qui nous achève d’empathie pour Nagato.

 

J’ai rarement écrit de critique aussi dithyrambique sur ce blog, mais franchement ce film est pour moi un chef-d’œuvre. Graphisme magnifique, scénario génial, bande son parfaite, le rythme, l’écriture, les personnages…quoi de plus à ajouter ?  La disparition de Haruhi Suzumiya est désormais mon film d’animation japonaise préféré, tout genre et tout époque confondue. Et la dernière fois que j’avais autant vibrer devant un anime, c’était en 2007 lorsque j’avais vu…la mélancolie de Haruhi Suzumiya.
KyoAni, Nagaru Tanigawa, merci.