Crows

Niveau de spoil : léger

En général, je ne suis pas fan des classifications toutes faites. Sans même parler de shônen, shôjo ou seinen, ranger chaque manga dans un tiroir me contrarie un peu. Les étiquettes « manga de romance », « manga historique », « manga de baston » ne veulent pas dire grand chose : par exemple, comment classer Rurouni Kenshin qui correspond à ces 3 catégories ?
Il existe tout de même une exception : les mangas de voyous (j’ignore s’il y existe un terme japonais) qui répondent à peu près tous au même schéma.
Analyse de Crows, un modèle du genre.

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Le lycée pour garçon Suzuran a la terrible, mais justifiée, réputation de regrouper les pires délinquants du quartier. Les gens le surnomment pour cela « le lycée des corbeaux (Crows) » tant croiser un de ses élèves est signe de mauvaise augure. Bouya Harumichi, s’il a l’apparence d’un idiot maladroit, est un redoutable bagarreur. Nouvellement transféré dans ce lycée, il ne tardera pas à se faire une réputation de terrible combattant. N’importe où ailleurs, il serait respecté et craint pour cela. Mais pas à Crows, où une telle réputation donne surtout envie aux pires voyous de le défier…

Un héros très fort

À l’inverse de certains mangas sportifs où le personnage principal est un débutant qui va améliorer ses capacités petit à petit (du genre Ippo), le héros du manga voyou est la plupart du temps très fort dès le départ. C’est le cas de Bouya Harumichi qui montre dès le premier tome l’étendue de son talent. On ne saura d’ailleurs jamais d’où vient sa force car, indiscipliné comme il l’est,  on a du mal à l’imaginer prendre des cours dans un dojo. Toutefois même s’il parvient à éliminer ses adversaires très rapidement, quelquefois en un seul coup, il n’a pas cette aura d’invincibilité qui pourrait rendre ennuyeuse tous ses combats. La faute à Rindaman, un personnage qui a la réputation d’être incroyablement fort. Et sans trop dévoiler l’histoire, je peux révéler que oui, Harumichi connaitra le goût de la défaite.

…et très sympa

Harumichi déclare de façon grandiloquente que s’il adore se battre, il n’est en aucun cas un délinquant. Il préfère se battre en un contre un et sans arme. Il aide les gens en danger. Il venge ses amis qui se sont fait tabasser en faisant une tête de mec très en colère. Bref, c’est un tendre voyou. Cela s’explique scénaristiquement car comme je le développerais plus tard, il a besoin de fédérer autour de lui. Et un connard ne fédère pas bien sûr (comme dans tous les mangas de ce genre, on n’échapperas pas au « tu es très fort mais les gens ne te respectent pas car tu n’es pas respectable »). Rajoutez à ça de la maladresse et de l’humour et vous obtiendrez toutes les  ficelles pour s’accaparer la sympathie du lecteur.
C’est gros mais ça marche alors…

Des ennemis de plus en plus puissants et de plus en plus nombreux…

Que chaque bad guy soit systématiquement plus fort que le précédent, c’est quelque chose qu’on voit dans toutes les œuvres de fiction assez longues. Difficile de remplir 25 tomes si notre héros bat dès son premier combat « The best in the world ». Par contre, l’augmentation de la taille de la bande ennemie est un classique du manga de voyou. Dans Crows, Harumichi commence par mater les voyous de son lycée, puis de son quartier, de la ville etc…Arrivé au volume 36, il va se voir confronté au plus grand gang du Japon. Carrément. J’ai hâte d’être au volume 50 où il va partir aux States se fritter avec les Crips et les Bloods…

…mais qui vont se rallier à la cause du héros.

Bah oui parce qu’aussi forts et nombreux qu’ils soient, la grande majorité d’entre eux finira par être battu par le héros. Et à ce moment là, soit ils se mettront carrément sous les ordres d’Harumichi soit ils deviendront des « sympathisants », des mecs prêt à prêter leurs muscles au cas où. Si on prend en compte le précédent point (augmentation du nombre d’ennemis) , on pourrait alors craindre de voir une escalade du nombre de belligérants :  4 contre 4, 8 contre 8, 16 contre 16 etc…
Mais c’est oublié que les héros de ce genre de manga sont de bonnes âmes, Harumichi ne faisant pas exception. Il préfèrera se battre seul afin d’éviter que ces amis soient blessés. Ce qui renforcera encore sa côte de sympathie auprès du lecteur, ainsi que son charisme auprès des mecs qu’il va battre et qui le rejoindront alors…C’est bien foutu hein !

Nous l’avons vu, Crows rempli parfaitement le cahier des charges. Mais ce manga est également doté de qualités qu’on ne retrouve pas toujours dans des œuvres de ce genre. Contrairement à un Shonan Junaï Gumi, le temps qui passe est un facteur très important dans la trame scénaristique de Crows. Les personnages vieillissent, songent à leur avenir, les troisièmes années quittent le lycée et sont remplacés par des premières années aux dents longues. Il y a une vraie réflexion sur la futilité de ces bagarres de lycéen, certains personnages ne cachant pas leur malaise vis-à-vis de leur avenir…De plus,  un évènement dramatique se produira, évènement qui conduira à une remise en cause de tous ces voyous.
L’histoire va donc un plus loin que de simples bastons de rue ce qui évite au lecteur une certaine lassitude.

Un mot rapide sur le dessin qui est excellent. On peut assister à une variation de qualité dans les 2-3 premiers tomes mais par la suite tout est parfait. Certes ce n’est pas du Sadamoto, mais le charadesign est de bon niveau, les voyous ayant chacun une gueule reconnaissable entre mille. C’est une bonne chose étant donné le nombre important de personnages, surtout que certains d’entre-eux disparaissent pendant plusieurs tomes avant de revenir sur le devant de la scène. Les combats sont également très réussis, parfaitement fluides : on comprend toujours qui fait quoi et les différents styles (boxe, karaté, etc…) sont bien retranscrits.

 

Sous ses allures de manga très premier degré, Crows se révèle bien plus intelligent qu’il n’y parait. L’auteur sait alterner efficacement l’humour et la bagarre. Les personnages, sympathiques et charismatiques, sont autre chose que des bagarreurs sans cervelle. Si vous êtes fans du genre,  je vous conseille donc vivement la lecture de Crows.

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8 Réponses

  1. J’ai pas pour habitude de lire de ce genre de manga, mais là ça me tente bien. Merci pour la review!

  2. Pour le nom de genre, ce serait le manga de furyo.
    Tu as un manga du même auteur chez Panini Comics, mais… interrompu avant la fin faute de succès. Et évidemment, tu as les deux films de Takashi Miike adaptés du spin-off Crows Zero.
    J’aimerais bien lire tous ces manga. Mais en France, le manga de furyo, ça ne marche pas…

    • Même s’il avait bénéficié de l’effet GTO, Shonan Junaï Gumi c’était plutôt pas mal vendu non ?
      Et je prend note pour la dénomination « manga de furyo », merci 🙂

      • Pareil que le Z, tu me tentes bien, là ! J’irai jeter un oeil quand j’aurai l’occasion.

        …Et en soi, « furyô » veut plus ou moins dire « voyou », et j’aime bien ma langue maternelle :D.

        • Je vais finir par demander des royalties à…euh…non à personne en fait 🙂

          Je précise du coup que les 2-3 premiers tomes sont pas exceptionnels…mais contrairement à beaucoup de shônen, il va en s’améliorant…

  3. Tiens en passant, il fait aussi voir qu’il y a des suites à Crows (Worst, Drop). Ca se passe toujours à Suzuran avec la conquête du lycée par des nouveaux et comme à chaque fois, des batailles avec le Front de l’armement ou le lycée technique de Housen. Du coup, petit à petit, il y a une idée de génération qui se met en place avec un passage de témoin. On abandonne les anciens leaders car de nouveaux prennent leur place. J’aime bien ce côté cyclique des choses.

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